1968 n'est pas seulement l'année des pavés sous la plage...
La première fusée-sonde décollait à Kourou, le premier vol en orbite lunaire était réalisé. Le Tupolev volait pour la première fois ; les chars soviétiques entraient à Prague, Saddam Hussein prenait le pouvoir à Bagdad. Youri Gagarine et Martin Luther King nous quittaient ; à la télévision, les Shadoks débarquaient, tandis qu'Aglaé et Sidonie venaient saluer les enfants obéissants. Brel chantait « L'homme de la mancha », Dalida « Le temps des fleurs », Barbara « Le soleil noir », Nicoletta « La musique ». Claude François reprenait « Eloïse » Jacques Chancel animait sa première radioscopie, Maurice Chevalier faisait ses adieux à la scène, Jean-Claude Killy rapportait trois médailles d'or aux Jeux olympiques de Grenoble et les Black Panters levaient le poing aux jeux de Mexico. Il n'y eut pas de festival de Cannes, cette année-là. Au cinéma, on découvrait « 2001, l'Odyssée de l'espace » de Kubrick,  « Le Bal des maudits » de Polanski, « Il était une fois dans l'Ouest » de Leone,  « Le livre de la jungle » de Disney, « La planète des singes » de Schaffner.
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La mode, en 1968, était en pleine ébullition. Ne se retrouvant plus dans ces mutations rapides, Balenciaga se retira après avoir dessiné les uniformes des hôtesses d'Air France.  Torrente ouvrait ses portes, François Lesage fondait son entreprise de broderie, Sonia Rykiel ouvrait ses premières boutiques. C'est Paco Rabane qui avait dessiné les tenues de Jane Fonda pour « Barbarella » ; Pierre Cardin faisait scandale avec ses blouses transparentes ; il remporta un franc succès avec sa saharienne. Valentino devenait célèbre, tant pour sa « collection blanche » que pour sa couleur rouge. L'orange était déjà à la mode.  Dior lançait  sa ligne de tricots coordonnés ;  la fourrure tricotée, les franges de caoutchouc étaient proposées par Paco Rabane. Coco Chanel, victime d'une attaque, continuait son activité ; Ungaro présentait sa première collection personnelle et Courrèges lançait le premier collant mailles, devenu body.
Juliette Giroud, toujours à la pointe de la mode, offrit à Dolly une garde-robe imprégnée des tendances les plus modernes. Rappelons que Dolly est l'une des très rares poupées de l'histoire du jouet à n'avoir été habillée que par le talent d'une seule et unique créatrice ! L'audace de sa garde-robe surprend encore. Peu de poupées peuvent se vanter d'avoir porté des cuissardes, des bas résilles, des minijupes sous des maxi manteaux, du daim, du cuir, de la moumoute, de la peluche angora, des tricots de toutes épaisseurs de mailles, du velours, du lamé, des chasubles brodées ou des manteaux d'inspiration Chanel !
On sait que Mily a raté son bac avant de le repasser victorieusement. L'histoire n'en dit rien pour Dolly, mais ses tenues «Quartier Latin», «Boul'Mich» et «Sorbonne» laissent entendre qu'elle a fait des études supérieures. Nous pensons qu'elle a appris l'anglais, d'après les tenues «Balmoral» ou «Cambridge». Elle va souvent aux sports d'hiver : «Pralou», «Verbier», «Courmayeur», «Alpes d'Huez», «Après-ski»  nous l'apprennent ; c'est une sportive : «Kartin », «Tennis», «Moto-cross». Elle fréquente des lieux chics : «Pré Catelan », «Bagatelle»,  «Croisette», «Riviera»  et se rend au spectacle («Lido», «Olympia», «Châtelet», «Opéra»). C'est une fille de son temps, «A la page», appréciant une «Surboum», son  «Idole» et le «Hit-Parade». Son caractère semble à la fois «Espiègle», plein de «Coquetterie» et toujours en quête d' «Evasion», de «Flânerie», de «Badinage» et de «Vacances». Munie de son diplôme d'anglais, elle conciliera ses compétences et sa nature vagabonde en devenant hôtesse de l'air («Air hotess») à «Roissy» et «Orly». C'est l'époque de «Papeete» et d' «Hawaï». Sur les îles, elle fera connaissance d'Aloa, sa meilleure amie. Elle trouvera aussi deux marins, Gilles et Eric : l'un est sans doute son frère, l'autre son mari (selon les catalogues, le mari est tantôt l'un, tantôt l'autre).
Fabriquée de 1968 à 1979, la poupée Dolly a une forte personnalité, forte et originale à l'image de sa garde-robe. 
40 ans déjà ! Heureux anniversaire, Dolly !
Si l'on observe la variété et le cinéma de 1968, on constate combien l'image de la femme était très contrastée. On remarquera par exemple l'icône à la fois sculpturale, bourgeoise et libérée de Catherine Deneuve (« la Chamade » de Cavalier), le charme piquant de Michèle Mercier (« Angélique et le sultan », Borderie), ou la liberté sexuelle volontiers provocante incarnée par  Jane Fonda (« Barbarella », Vadim) et par Brigitte Bardot chantant « Bonnie and Clyde » avec Gainsbourg. De la Patellière tente même, avec France Anglade, un remake de « Caroline Chérie » d'après les aventures de l'ingénue libertine d'abord incarnées par la délicieuse Martine Carol. Au cinéma, la femme est tantôt une victime fragile (« Roméo et Juliette » de Zeffirelli, « Rosemay's baby » de Polanski), tantôt une vamp insensible (« La mariée était en noir » de Truffaut). Trois chanteuses populaires régnaient : l'intellectuelle Françoise Hardy, qui ne savait « Comment te dire adieu », la rockeuse Sylvie Vartan,  et Sheila, la copine idéale, qui avouait, cette année, n'être rien qu'une « Petite fille de français moyen ».  Toutes trois, outre leur popularité, étaient aussi des icônes de la mode. Paco Rabane revêtit Françoise Hardy d'une robe métallique de 16 kilos ; Sylvie Vartan, égérie d'Yves Saint-Laurent dès 1965, servit fréquemment de modèle dans la presse spécialisée (souvent aux côtés de la jeune Mireille Darc), et, comme Sheila, avait lancé ses propres lignes de prêt-à-porter (à noter que, dans les boutiques de Sheila, on vendait aussi la poupée Caprice).
Joyeux anniversaire, Dolly !  
Qui pourrait croire que ce maxi mannequin « très distingué » créé par GéGé en 1968,  a 40 ans cette année ?
1968/2008 : 40 BOUGIES POUR UN MAXI MANNEQUIN
photo Valérie